Concours Clara Haskil

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This article was written on 29 août 2015, and is filled under Blog de la Jeune Critique 2015.

Critique de Benedek Horváth – Demi-finales – 27 Août 2015

Le 27 août dernier, le théâtre de Vevey accueillait la seconde partie des demi-finales du Concours Clara Haskil, l’occasion de découvrir les performances des trois derniers candidats sélectionnés pour cette épreuve. Parmi eux le Hongrois Benedek Horváth, né en 1989, se perfectionne depuis 2013 à la Musik Akademie de Bâle dans la classe de Claudio Martinez Mehner, après un premier cycle effectué à l’Académie Franz Liszt de sa ville natale, Budapest. Lauréat de plusieurs prix, il se produit beaucoup en Suisse, notamment au festival Cully Classique en 2014 (projet « Carrefour des étudiants »), à Bâle, à Zurich ou encore à Berne. A cette liste s’ajoutera sous peu une troisième prestation à Vevey, puisque nous aurons la chance de l’entendre lors de la finale du concours Samedi 29 août 2015.

Disons-le d’emblée, sa place en finale il la doit avant tout à la puissance de son expressivité, bouleversante, à fleur de peau et portée par des palettes de couleurs sonores et de nuances simplement fabuleuses. D’autres parts, notons que ses prises de risque sur le plan de l’interprétation, si elles ne sont pas toujours payantes et le mettent parfois en danger, révèlent une forte personnalité musicale et promettent des lectures singulières du répertoire.

Ce fût le cas en divers passages de la Sonate pour violon et piano en mi mineur KV. 304 de Mozart, particulièrement à la fin du second mouvement Tempo di Menuetto dans lequel il enrichi chaque reprise d’une véritable ornementation mélodique. Cette sonate demeure, malgré quelques imperfections purement techniques, l’un des moments forts du programme du Hongrois, intime, d’une profonde douceur et conduite avec justesse par le pianiste qui a su faire honneur au 3ème prix de musique de chambre qu’il a très récemment remporté au concours Orpheus Kammermusik de Berne en duo avec le violoniste espagnol Joel Bardolet Vilaró.

Les Davidsbündlertänze de Schumann, avec lesquelles Benedek Horváth a commencé son programme, gagnent aussi en relief sous les doigts du hongrois, notamment au gré des interventions douces et chantantes d’Eusebius, l’un des alter ego du compositeur. Grâce à ses pianissimi d’une infinie délicatesse, il pousse le public à retenir son souffle, à entrer dans la finesse de son univers poétique où le temps ne semble plus avoir cours. A l’inverse nous aurions apprécié que les apparitions de Florestan, le second pan de la personnalité de Schumann, soient un peu plus franches et engagées afin de souligner le caractère impétueux de ses danses infernales et galopantes.

Encore un mot sur la pièce contemporaine, Variations for Blanca de Thomas Adès commandée par le concours Clara Haskil et dont chaque demi-finaliste a dû nous présenter une interprétation. Celle de Benedek Horváth reste très proche du texte musical, mais le jeune pianiste arrive à nouveau à en tirer profit pour nous entraîner avec lui dans le sillage du thème et de ses péripéties, avec toujours cette hauteur de vue et cette intensité de jeu où les volutes sonores évanescentes se mêlent aux éléments fondamentaux dans une très belle et inspirante symbiose.

Gregory Rauber

 

Photo : © Céline Michel

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