Concours Clara Haskil

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This article was written on 29 août 2015, and is filled under Blog de la Jeune Critique 2015.

Critique de Ji Yukyeong – Demi-finales – 27 Août 2015

Quelle soirée mémorable que celle de la deuxième partie des demi-finales du concours de piano Clara Haskil! C’est en effet avec grand plaisir que le public venu assister jeudi soir à l’avant-dernière épreuve du concours a pu entendre trois des six concurrents encore en lice pour le prix. Après deux magnifiques concerts du Français Nathanaël Gouin et du Hongrois Benedek Horváth, la jeune Sud-Coréenne Ji Yukyeong (1988) entre en scène avec la violoniste Esther Hoppe afin d’entamer la sonate pour piano et violon de Mozart en sol majeur K. 301. Si on regrette quelque peu le manque de limpidité du son de la violoniste, on ne peut qu’être enchanté par le toucher sublime de la pianiste. Dès les premières notes, un son d’une beauté et d’une délicatesse inouïes s’élève dans la salle enveloppant alors nos oreilles avec des couleurs variées et éclatantes. Cette grâce qui émane du jeu de la Sud-Coréenne avait déjà fait sensation lors des quarts de finale et sera présente tout au long de sa prestation. En effet, la pianiste donne la brillance et l’éclat nécessaires à une interprétation de Mozart sans jamais compromettre la qualité du son. Elle prend également sans hésitation le devant de la scène lorsque la musique le demande et montre ainsi sa compréhension de l’œuvre. En effet, n’oublions pas que même si Mozart instaure le dialogue dans la sonate pour piano et violon rétablissant ainsi un certain équilibre entre les deux instruments, le piano reste néanmoins l’instrument dominant dans ce genre.

Ji Yukyeong présente ensuite la pièce imposée de ces demi-finales commandée spécialement pour l’édition 2015 du concours : Variations for Blanca de Thomas Adès. Cette œuvre est particulièrement difficile à interpréter : un nombre de voix élevé qu’il faut mettre en valeur, des tempi rapides, ainsi qu’une notation parfois énigmatique sont autant d’obstacles que l’interprète doit surmonter. Au vu de ces difficultés, chaque pianiste propose une interprétation singulière de l’œuvre. La prestation de la jeune Sud-Coréenne n’y fait pas exception. Elle opte pour une réalisation plutôt orientale de la pièce, laissant les aigus filer comme des étoiles tandis que les trilles précédant et débutant la cinquième variation rappellent la musique des mille et une nuits.

La sonate en sol majeur D. 894 de Schubert, dernière pièce au programme de la soirée, est sans doute le point culminant du récital de Ji. Dès le premier mouvement, la pianiste offre un véritable festival de couleurs sonores et harmoniques, et cela dans tous les registres du piano. Le drame du développement majoritairement mineur nous emmène vers le deuxième mouvement très lyrique. Ji devient alors poétesse, faisant chanter la mélodie, modulant le son jusqu’au plus raffiné des pianissimi. C’est le langage du Lied, genre de prédilection de Schubert, qui se mélange alors à celui de la sonate. Dans le troisième mouvement, la passion domine : des contrastes magnifiquement exécutés, beaucoup de force et de douceur à la fois et une belle linéarité des voix. Mais déjà le quatrième mouvement en forme de rondo commence. D’humeur taquine, Ji Yukyeong nous propulse alors dans un univers printanier à chaque reprise du thème, tout en laissant planer le souvenir lointain du drame lors des épisodes.

Virginie Borgeaud

Photo : © Céline Michel

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