Concours Clara Haskil

Information

This article was written on 03 sept. 2015, and is filled under Blog de la Jeune Critique 2015.

Conclusion quant à mes premiers pas en tant que critique 

 

Dans le cadre du Concours Clara Haskil, j’ai eu l’occasion de m’essayer à l’art de la critique musicale en assistant à des concerts d’anciens lauréats.

Dans ce texte conclusif, je me propose de discuter la célèbre citation de l’auteur dramatique Philippe Destouches : « La critique est aisée, mais l’art est difficile ». Je tenterai par ce biais de répondre aux questions suivantes : La critique a-t-elle un sens ? Pèse-t-elle un certain poids ? Quel doit être le bagage culturel du critique musical ? L’étude de la musicologie constitue-elle une formation adéquate pour exercer ce métier?

La critique est aisée, mais l’art est difficile

Selon moi, la réalité s’avère plus nuancée que la phrase de Destouches. Tout est une question de proportion. Sans aucun doute,  « l’art est difficile ». En effet, si l’on déposait « art » et « critique » sur une balançoire, « critique » se retrouverait la tête dans les nuages. Pourtant celle-ci pèse aussi un certain poids. Mon expérience de critique d’anciens lauréats du Concours Haskil me fait parvenir à une maxime plus nuancée que je vais développer ci-dessous: l’art est difficile, la critique un peu moins.

L’art est difficile

En assistant à toutes les épreuves du concours, j’ai pu entrevoir une part de l’immensité du travail accompli par les différents pianistes, ceux-ci devant préparer, des quarts de finale jusqu’à la finale, un programme d’environ trois heures, plutôt « léger » en comparaison aux exigences demandées lors d’autres concours internationaux, tels que le Concours Tchaïkovski  notamment. Bien que respectant la décision du Jury qui a choisi de ne pas attribuer de prix cette année, je trouve que ce choix est en quelque sorte une dévalorisation du travail accompli par les candidats. Certes, les finalistes n’égalent pas la célèbre pianiste ayant donné son nom au concours, mais le dur labeur de l’un ou de l’une des candidats méritait d’être récompensé. Le temps de travail d’apprentissage d’un pianiste étant beaucoup plus long que celui de la rédaction d’une critique, on peut considérer que l’art est évidemment plus difficile que son jugement. Cette dernière remarque, le critique devrait toujours l’avoir en mémoire avant de commencer sa rédaction.

La critique est aisée

En tant qu’étudiante en littérature française, je n’ai pas tant de peine à exprimer mon ressenti par écrit. Pourtant, si les éloges me semblent « aisées », la critique, au sens négatif du terme, ne l’est pas tant.

Au cours de mon expérience, j’ai pu assister à quatre concerts d’anciens lauréats : le premier, celui d’Adam Laloum (lauréat 2009) à Vevey, le deuxième, celui de Joachim Carr (coup de cœur de la Jeune Critique 2013) à Cully, le troisième, un autre récital d’Adam Laloum également à Cully et le dernier, un récital de Lieder avec Michel Dalberto (lauréat 1975), qui accompagnait le baryton Stephan Genz à Genève. De ces quatre concerts, un seul m’a déplu : le récital d’Adam Laloum au Festival Cully Classique en juin dernier. La critique, ayant souvent et peut-être à tort été relayée au rang de genre journalistique, doit se produire dans un laps de temps réduit. Or, cet article sur Adam Laloum a accaparé mon temps pendant de longs jours pour un résultat final médiocre. J’ai d’ailleurs choisi de ne pas le publier, et ce, pour deux raisons. La première : je le trouvais mal écrit. La seconde : il aurait pu porter préjudice à l’artiste. Cette deuxième réflexion prouve que la critique pèse un certain poids. Ces deux raisons sont selon moi liées : il est difficile de trouver des analogies pertinentes pour décrire un concert qui nous a déplu sans blesser l’interprète et tout en lui faisant des remarques constructives. De plus, les commentaires négatifs ne sont souvent pas objectifs dans un contexte artistique, mais davantage une affaire de choix esthétiques divergents et donc de subjectivité. Selon Sylvain Fort, critique et rédacteur en chef du site Forumopera, la « recette » de la bonne critique serait de comprendre les choix esthétiques de l’interprète et de vérifier leur cohérence au sein de l’œuvre en mettant de côté ses goûts personnels. «L’interprète a-t-il compris les enjeux de l’œuvre ? A-t-il su les mettre en exergue ? » Voici notamment quelques interrogations auxquelles doit répondre le critique. Si celui-ci y parvient, son jugement prend alors du sens et du poids, car il permet d’éclairer le public et de lui faire comprendre la volonté et l’intelligence de l’artiste malgré des goûts esthétiques non-partagés.

De ce fait, une formation musicologique est-elle requise ? Pas nécessairement. Cependant, une connaissance du répertoire et des œuvres entendues lors du concert est primordiale. La pratique de l’instrument est, selon moi, aussi importante, mais pas obligatoire, car les explications « techniques » n’intéresseront pas forcément les lecteurs. Un critique musical doit, sans nécessairement pratiquer l’instrument entendu, être capable de lire une partition pour comprendre les choix interprétatifs de l’instrumentiste et posséder le bagage musical suffisant pour comprendre le contexte musical de l’œuvre et le style de son époque. La musicologie fournit donc une formation adéquate pour les futurs critiques, bien qu’un musicien ou un mélomane averti et curieux puissent également avoir accès à une connaissance de l’histoire de l’interprétation.

En conclusion, les réflexions négatives doivent toujours être argumentées et constructives, sans quoi elles discréditent son auteur et portent injustement préjudice à l’artiste. La critique prend sens et « pèse » lorsqu’elle se fait l’intermédiaire entre le public et l’interprète. Sans être au service total de ce dernier, elle est également là pour expliquer au public ce que le musicien n’a pas su tirer de l’œuvre. Si l’art est laborieux, l’objectif de la critique devrait être de l’imiter et de s’en inspirer. Pour conserver son sens, et par respect pour le compositeur et l’interprète, une critique musicale ne devrait jamais être rédigée sans connaissance préalable des œuvres exécutées.

Anouchka Schwok

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté·e pour rédiger un commentaire.