Concours Clara Haskil

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This article was written on 24 août 2017, and is filled under Blog de la Jeune Critique 2017.

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Demi-finale du 22 Août 2017

Au soir du mardi 22 août, de 19h30 à 23h, trois candidats sur six se sont présentés aux demi-finales du Concours International de Piano Clara Haskil dans une épreuve qui combine musique de chambre et pièces solistes. Au programme : un des deux quatuors avec piano de Mozart, une sonate de Beethoven et une pièce à choix pour chaque candidat.

Ismaël Margain, Aristo Sham et Elizaveta Ukrainskaia entrent en scène tour à tour, accompagnés par Sergey Ostrovsky au violon, Eli Karanfilova à l’alto et Joël Marosi au violoncelle.

Dans son programme, Ismaël Margain commence par le quatuor en mi bémol majeur K. 493 de Mozart. D’un seul souffle, les quatre musiciens entonnent le premier thème à l’unisson. Le pianiste français déclame ses notes avec une grande précision, mais la communication et le contact visuel avec ses partenaires semblent parfois difficiles. Une corde de mi un peu fragile au-delà de la troisième position n’arrange pas les choses au sein d’un trio un peu noyé sous la marée mélodique du piano. Après de chaleureux applaudissements, Ismaël Margain continue désormais en solo, avec la sonate en la bémol majeur Op. 110 de Beethoven. A l’écoute du pianiste français, la cohérence formelle de l’œuvre nous échappe : on ne saisit pas exactement là où le musicien veut nous emmener. La dernière pièce du récital d’Ismaël Margain est le deuxième mouvement de la troisième sonate en fa mineur de Brahms. C’est une pièce magnifique, d’un grand lyrisme. Ismaël Margain ne rend en revanche pas complètement justice à la densité polyphonique de l’œuvre et on peine parfois à suivre la ligne mélodique dans l’épaisseur harmonique. Le public, ébloui par ce très beau programme, transmet toute sa bienveillance au pianiste.

Après une petite minute de mise en place de la scène, le candidat suivant peut commencer son programme. Aristo Sham, pianiste hongkongais propose un programme assez similaire à celui d’Ismaël Margain, sachant qu’ils jouent tous deux le même quatuor de Mozart et la même sonate de Beethoven. Toutefois, Aristo Sham préfère terminer par Beethoven. Sa pièce libre : la neuvième sonate de Scriabine, dite « Messe noire ». Dès les premières mesures du quatuor de Mozart, on sent qu’une grande homogénéité se dégage de l’ensemble. Des échanges de regards, des respirations communes et des « intentions » bien définies rendent la pièce très agréable à l’écoute. Le public enthousiaste entend ensuite la sonate « Messe noire » Op. 68 de Scriabine. Cette œuvre très sombre nous transporte dans un monde ténébreux et torturé, que l’interprète nous livre sous un nouveau jour. C’est alors qu’une mélodie téléphonique résonne dans la salle du théâtre pendant une longue minute, de plus en plus fort. Du haut du balcon, le jury scandalisé regarde d’un œil noir en contrebas, pour chercher la provenance de ce bruit infâme. Aristo Sham, quant à lui, ne se laisse pas déranger et continue sa pièce avec toujours plus d’intensité et de fougue. Un tonnerre d’applaudissements résonne dans la salle. Vient enfin l’Opus 110 de Beethoven. Une interprétation bouleversante qui dénote une compréhension profonde de la pièce. Dans le premier mouvement, la musique est à nouveau dérangée par les bruits de la salle. Une quinte de toux longue et violente indigne encore une fois le jury du Concours. Mais Aristo Sham ne se laisse pas déconcentrer. Il continue de plus belle, jouant sur les nuances et le timbre. Après un magnifique deuxième mouvement, le pianiste hongkongais nous livre un superbe troisième mouvement d’une clarté sans égale dans la deuxième partie fuguée.

Après une vingtaine de minutes d’entracte, Christian Zacharias, le président du jury, appelle la prochaine candidate au son de sa cloche. On rappelle au public qu’il est prié d’éteindre tout appareil électronique, et un membre du jury d’ajouter « et ne pas tousser ! ».

Elizaveta Ukrainskaia entre enfin en scène. Il est 22h00, mais le jury est encore tout ouïe. La pianiste russe brille dans le premier quatuor de Mozart K. 478. Tantôt soliste, tantôt accompagnatrice, Elizaveta Ukrainskaia montre tout son talent de chambriste. On surprend le président du jury « dirigeant » des bribes du quatuor. L’Opus 109 de Beethoven, œuvre dramatique, commence ensuite. Un tempo Vivace ma non troppo peut-être pas assez vivace nous fait perdre le fil du discours. Une grande expressivité et une musicalité profonde mettent pourtant en valeur la pianiste dans les mouvements suivants, toutefois ponctués de petits accros. La dernière pièce de la première soirée de demi-finales n’est autre que la douzième rhapsodie hongroise de Liszt. Cette pièce d’une grande virtuosité est reçue avec émerveillement par le public. La pianiste russe peut ici montrer toute sa force dans les fortissimi et sa délicatesse dans les piani.

David Burkhard, pour la Jeune Critique

© Photographie de Céline Michel / Concours Clara Haskil

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